Précarité alimentaire : une coalition réclame une loi pour garantir le droit de bien manger

La précarité alimentaire menace-t-elle l’Europe ? Face à la hausse des prix alimentaires et aux conséquences du dérèglement climatique, plusieurs organisations de la société civile appellent les pouvoirs publics français à reconnaître pleinement le droit à l’alimentation. Dans une déclaration collective, elles réclament une loi-cadre garantissant à chacun l’accès à une nourriture suffisante, saine, durable et choisie.

Dans un contexte marqué par la flambée des prix alimentaires, l’aggravation de l’insécurité alimentaire et les effets du dérèglement climatique, plusieurs organisations de la société civile exhortent les autorités françaises à inscrire le droit à l’alimentation au cœur des politiques publiques. Parmi les signataires de l’appel figurent des acteurs associatifs, agricoles, sanitaires et environnementaux, dont Benjamin Nguyen, président d’Action contre la faim, Mathieu Courgeau et Lorine Azoulai, coprésidents du Collectif Nourrir, ainsi que Bruno Morel, président d’Emmaüs France.

Un sondage OpinionWay pour Action contre la faim évalue la précarité alimentaire en France

La mobilisation des associations pour une véritable politique publique du droit à l’alimentation s’appuie notamment sur un sondage OpinionWay pour Action contre la faim, publié début octobre. Cette enquête révèle que 13 % des Français (soit plus de 7 millions d’adultes) manquent parfois ou souvent de nourriture, tandis que 39 % doivent renoncer à certains aliments faute de moyens financiers. Aussi, 73 % des personnes interrogées estiment que le droit à l’alimentation n’est pas réellement garanti en France, et 86 % jugent importante ou primordiale l’adoption d’une loi pour assurer un accès digne à une alimentation adaptée. Pour 58 % des répondants, l’État doit prendre la première responsabilité dans la lutte contre cette précarité.

Un épisode caniculaire et une baisse des rendements agricoles attendue

L’appel des acteurs associatifs, agricoles, sanitaires et environnementaux intervient par ailleurs dans un contexte marqué par les épisodes de chaleur extrême de l’été 2026, la baisse attendue des rendements agricoles et une augmentation moyenne de 6 % des prix des produits frais sur un an. L’envolée des coûts de l’énergie pourrait accentuer cette pression en 2027. Face à l’urgence et à l’ampleur du problème, la coalition des ONG appelle à dépasser les initiatives locales, pourtant indispensables, en établissant un cadre national fixant des objectifs, des moyens et des responsabilités.

Des reculs législatifs constatés ces dernières années, avec notamment la loi d’orientation agricole, la loi d’urgence agricole et la loi Duplomb

Avec cette loi-cadre, les associations défendent notamment des prix rémunérateurs pour les agriculteurs, un meilleur accès aux produits frais et de qualité, des tarifs de cantine adaptés aux revenus familiaux et un encadrement renforcé des pratiques de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Selon Hélène Quéau, directrice de la Mission France d’Action contre la faim, une telle convention nationale permettrait de passer « à une véritable politique publique du droit à l’alimentation ».

La déclaration des ONG dénonce également plusieurs reculs législatifs, notamment ceux associés à la loi d’orientation agricole, à la loi d’urgence agricole et à la loi Duplomb, considérés par les signataires comme des menaces pour l’accès à une alimentation saine et durable. La loi Duplomb, en paticulier, a suscité une mobilisation citoyenne à l’été 2025. Celle-ci témoignerait des attentes de la population concernant les choix agricoles et alimentaires en France.

Une initiative européenne contre la précarité alimentaire

À travers leur appel, les organisations défendent une transformation durable du système alimentaire, conciliant justice sociale, rémunération des agriculteurs et protection de l’environnement. Elles invitent les citoyens et les responsables politiques à agir pour que l’alimentation saine et durable devienne un droit effectif, et non un privilège réservé aux ménages les plus aisés.

À l’échelle européenne, l’initiative citoyenne « L’alimentation est un droit humain pour toutes et tous ! » demande à la Commission européenne de faire du droit à une alimentation saine, juste et durable une réalité contraignante dans l’UE. Lancée le 7 janvier 2026, elle doit recueillir au moins 1 million de signatures et atteindre les seuils nationaux dans au moins 7 pays d’ici le 6 janvier 2027, pour être examinée par la Commission européenne.