Tout le monde bat le pavé en octobre. Du 12 au 17 octobre 2026, une soixantaine d’associations de la solidarité et de la santé se mobilisent dans toute la France sous le slogan « Et si nous arrêtions vraiment ? ». Elles dénoncent la baisse des financements publics, qui menace leur fonctionnement et fragilise l’accompagnement de millions de personnes vulnérables. Cette mobilisation inédite a lieu au moment de l’examen du projet de loi des finances 2027, qui prévoit d’importantes économies via une réduction des dépenses publiques.
Si les agents de la fonction publique et surtout les lycéens sont dans la rue depuis plusieurs jours, ils ne sont pas les seuls à se faire entendre en ce mois d’octobre. Depuis le 12 octobre, et ce jusqu’au 17 octobre, les organisations humanitaires et les associations de la solidarité et de la santé se mobilisent à l’échelle nationale pour alerter sur leurs difficultés. Lancé par l’Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss), sous le slogan « Et si nous arrêtions vraiment ? », ce mouvement inédit rassemble notamment la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), Emmaüs France, Médecins du Monde, le Secours Catholique, les Petits Frères des Pauvres, AIDES et APF France handicap.
Quatre associations de la solidarité et de la santé sur cinq anticipent une dégradation de leur situation
Les organisations humanitaires et de santé interpellent les décideurs sur leurs besoins sociaux croissants, dans un contexte de contraction des financements, de difficultés de recrutement et de tensions de trésorerie. Selon plusieurs études citées par l’Uniopss, une association employeuse sur deux a perdu des financements en 2025, tandis que près d’un quart des établissements médico-sociaux disposaient de moins de quarante-cinq jours de trésorerie.
Une enquête de la FAS révèle également que quatre associations sur cinq anticipent une dégradation de leur situation ou une incertitude totale pour les douze prochains mois. En 2025, 45 % des structures interrogées avaient déjà réduit ou fermé au moins une activité à cause des difficultés rencontrées. Celles-ci menacent directement la continuité des accompagnements, alors que la pauvreté atteint des niveaux historiques.
Une remise en cause répétée de leur utilité par certains médias et politiques
À ces contraintes s’ajoutent les attaques visant le secteur associatif. Les associations de la solidarité et de la santé dénoncent les remises en cause répétées de leur utilité, notamment dans la presse, ainsi que l’instrumentalisation des politiques de solidarité par certains partis politiques. Malgré des années d’adaptation, de réduction d’activités et de recherche de financements complémentaires, elles peinent aujourd’hui à maintenir leurs missions.
Daniel Goldberg, président de l’Uniopss, affirment que les associations de la solidarité ne peuvent absorber indéfiniment l’augmentation des besoins ni compenser seules l’insuffisance des ressources. Il ajoute que cette fragilisation menace les services essentiels : hébergement d’urgence, protection de l’enfance, accompagnement du handicap, aide à domicile et prise en charge des personnes âgées.
Les associations de la solidarité et de la santé veulent des engagements concrets pour préserver leurs activités et la qualité des accompagnements
La mobilisation en cours prend la forme de rassemblements dans plusieurs villes, notamment à Nantes, Bourges, Lille, Caen, Lyon et Toulouse. À Paris, un rassemblement est annoncé ce jeudi 15 octobre, place Jacques-Bainville. L’objectif est de rendre visibles les conséquences du manque de moyens sur les structures et les personnes accompagnées. Ouvertes aux associations, fédérations, salariés et bénévoles, ces manifestations doivent permettre à chacun de témoigner, d’interpeller les décideurs et de montrer concrètement les conséquences des restrictions budgétaires.
Des structures ouvrent également leurs portes pour une visite découverte, tandis que des professionnels, bénévoles, bénéficiaires et proches partagent leurs expériences. Un an après l’alerte « Ça ne tient plus ! », restée sans réponses jugées suffisantes, les associations de la solidarité et de la santé réclament des engagements concrets pour préserver leurs activités et la qualité des accompagnements.
Des manifestations pour peser dans les débats sur le PLF et le PLFSS
Cette mobilisation intervient dans un contexte parlementaire décisif. En effet, l’examen du projet de loi de finances (PLF) pour 2027 a débuté le 13 octobre, tandis que les arbitrages concernant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) sont attendus à partir du 20 octobre. Avec leur mouvement, les ONG entendent peser sur les choix budgétaires et obtenir des pouvoirs publics des moyens à la hauteur de leurs besoins. Elles défendent la continuité de leurs missions d’intérêt général, tout en rappelant qu’au-delà de leur propre survie, c’est la capacité de la société à protéger les plus fragiles qui est en jeu.
