Hors travail de nuit, près de trois quarts des actifs en France travaillent avec des « horaires atypiques », c’est-à-dire en dehors de la durée légale du travail (heures décalées, heures longues, pendant le weekend). Mais l’Anses met en garde contre le recours abusif et unilatéral à ce dispositif. Selon l’Agence sanitaire, il peut dégrader la santé du travailleur et altérer sa vie sociale et familiale. Elle préconise de mieux l’encadrer via le dialogue social.
Aujourd’hui, entre 50 et 75% des Français travaillent en dehors de la norme sociale du travail, fixée entre 8 h et 19 h, pour une durée maximale de 8 heures (soit 40 heures par semaine), pendant 5 jours (du lundi au vendredi). Ainsi, certains sont déjà au boulot plus tôt le matin ou y restent plus tard, tandis que d’autres travaillent également les weekends, le samedi le plus souvent. Les spécialistes appellent cela des horaires atypiques.
Des conséquences sur la santé des travailleurs et sur leur vie sociale et familiale
Selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), ce type d’organisation du travail n’est pas sans conséquences sur la santé des travailleurs et sur leur vie sociale et familiale. S’appuyant sur diverses études, elle indique que le travail en horaire long (plus de 8 heures par jour et/ou 40 heures par semaine) ou décalé (le soir après 19 h et/ou le matin avant 8 h) a un fort impact sur la santé cardiovasculaire, sur le sommeil et sur la santé mentale. Le travail le week-end, lui, perturbe la vie sociale et familiale, et surexpose au risque d’accident ou aux douleurs musculosquelettiques.
La quasi-totalité des métiers concernée par les horaires atypiques
Quant au travail de nuit, déjà l’objet d’une alerte en 2016, il s’accompagne de mécanismes de désynchronisation de l’horloge biologique, avec des effets sur le sommeil, la santé psychique, l’apparition de cancers et de pathologies cardiovasculaires. L’Anses relève en outre des effets négatifs probables sur la durée de vie, la santé reproductive et métabolique ou encore le risque de dépression. L’Agence précise que les horaires atypiques concernent la quasi-totalité des métiers, à divers degrés. Dans la longue liste des professions concernées figurent les agents publics, salariés du privé, travailleurs indépendants, ouvriers, agriculteurs, commerçants, agents d’entretien, boulangers, serveurs, aides à domicile…
Les entreprises et administrations doivent encadrer les horaires atypiques par la négociation collective
Face à ce constat, l’Anses plaide pour une reconnaissance des horaires atypiques comme des facteurs de risques professionnels à part entière en France. Aussi, l’organisme public recommande de les réduire au maximum, en les limitant « aux circonstances dans lesquelles ils constituent une nécessité » (services d’urgence, de sécurité, etc.). Et lorsqu’ils sont inévitables, ils devraient donner accès aux mêmes dispositifs que le travail de nuit, comme le compte pénibilité et le départ à la retraite anticipé. Par ailleurs, l’Agence sanitaire encourage les entreprises et les administrations à encadrer les horaires atypiques par la négociation collective afin de répondre aux aspirations économiques et familiales des salariés.
Porter une attention particulière aux travailleurs indépendants
L’Anses conseille notamment d’associer les salariés aux choix des horaires, de mettre en place des systèmes de rotation, de prévoir des marges de manœuvre pour échanger entre collègues, de choisir des horaires compatibles avec les transports en commun ou encore d’instaurer des clauses de sortie et d’accompagnement. Enfin, elle invite les patrons et les directions à porter une attention particulière aux travailleurs indépendants auxquels ne s’appliquent pas les dispositions du Code du travail concernant la question du temps de travail. Il faudrait les sensibiliser aux effets des horaires atypiques et adapter les recommandations à leur situation.
