Didier Raoult à nouveau cloué au pilori. Une nouvelle étude scientifique accable l’ancien directeur et fondateur de l’IHU de Marseille pour des problèmes d’ordre éthique ou juridique identifiés dans environ un tiers des publications produites par son établissement entre 1994 et 2024. Elle remet aussi en cause le jugement scientifique de plusieurs responsables de santé de l’administration Trump, à propos du Covid-19 en particulier.
Ses pairs n’en ont pas encore fini avec lui. Une nouvelle étude publiée le mercredi 12 août dans la revue Research Integrity and Peer Review, par un comité international de scientifiques, dénonce de nombreuses dérives éthiques dans les travaux du Pr Didier Raoult et de son Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (IHU) entre 1994 et 2024. Elle rapporte des problèmes « éthiques et juridiques » dans plusieurs centaines d’articles produits durant cette période par l’ancien infectiologue et son équipe.
La prescription de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19 au lieu des vaccins ARN, l’origine de sa descente aux enfers
Microbiologiste de renommée internationale, Didier Raoult s’est fait connaître auprès du grand public en 2020 lors de la pandémie de Covid-19. Il avait promu et prescrit activement l’hydroxychloroquine, un médicament antipaludéen, comme traitement contre le coronavirus en association avec l’azithromycine, tout en mettant en doute l’efficacité des vaccins à ARN ainsi que leur homologation précoce.
À l’époque, Donald Trump, qui ne fait pas beaucoup confiance à la médecine officielle, avait qualifié ses travaux de « révolutionnaires ». En revanche, le Dr Anthony Fauci, alors conseiller pour la santé publique de la Maison-Blanche, avait mis en garde contre des preuves « anecdotiques » et appelé à des essais cliniques rigoureux.
Didier Raoult sous le coup d’une interdiction d’exercer de deux ans
En France, les autorités de la santé ont aussi critiqué les travaux de Didier Raoult. Ils ont jugé que ceux-ci se faisaient en dehors de tout cadre légal et sans rigueur scientifique. Un collectif de médecins et d’organisations impliqués dans la recherche médicale avait de son côté qualifié son traitement de « plus grand essai thérapeutique “sauvage” connu à ce jour ».
Retraité de l’IHU depuis 2022, le médecin avait ensuite été épinglé pour des manquements déontologiques. En 2023, une information judiciaire avait même été ouverte contre lui et l’établissement qu’il a fondé en 2011. Des médecins l’avaient accusé d’avoir mené un essai clinique non conforme géant avec l’hydroxychloroquine comme traitement contre le Covid-19. Ces différentes offensives lui ont valu une interdiction d’exercer la médecine pendant deux ans à partir du 1er février 2025, après avoir été auditionné au Sénat.
Des problèmes d’ordre éthique ou juridique repérés dans 853 des 2 700 publications produites par Didier Raoult et son équipe
Dans l’étude publiée le 12 août, les chercheurs identifient des problèmes d’ordre éthique ou juridique dans 853 des 2 700 publications produites par le professeur et l’IHU entre 1994 et 2024. Ils notent notamment une absence d’autorisations requises par la loi. Au moins « 343 articles ne mentionnent pas d’approbations locales », « 194 décrivent des recherches menées à l’étranger sans mention d’approbations locale » et « 426 décrivent des prélèvements d’échantillons auprès de volontaires sains », écrivent-ils. En outre, les auteurs pointent un décalage entre les échantillons annoncés dans certains de ces travaux, et ceux finalement utilisés. Parfois, disent-ils, il est même impossible de savoir quel type de prélèvement a été réalisé.
Le nouveau directeur de l’IHU de Marseille défend son institut
Après la publication de cette étude, le nouveau directeur de l’IHU de Marseille, Pierre-Edouard Fournier, a défendu son pôle ce recherche en indiquant que certains prélèvements sans autorisation éthique identifiés ne nécessitaient pas d’approbation préalable. Ce serait le cas pour les selles par exemple. Il affirme également que de nombreuses recommandations ont été mises en place et « qu’aucun manquement en matière d’intégrité scientifique ou d’éthique n’a été relevé depuis. ». Quant à Didier Raoult, il n’avait pas encore officiellement réagi, préférant le silence dans sa retraite.
