Luc Pastorel : “ne négligeons pas les conséquences des apnées du sommeil”

Entre les révélations sur le lien avec la dépression et l’impact inattendu du réchauffement climatique sur nos nuits, l’apnée du sommeil revient sur le devant de la scène médicale. Le Dr Jonathan Tamiji et les chercheurs de l’Inserm alertent sur l’urgence d’un dépistage plus massif. Face à ce défi, des acteurs de terrain comme Luc Pastorel (SOS Oxygène) déploient une logistique de précision pour assurer la qualité de vie des 6 millions de Français concernés.

Longtemps résumée à un simple désagrément sonore, l’apnée du sommeil change de statut. Les dernières études révèlent une pathologie aux ramifications profondes, touchant aussi bien la santé cardiovasculaire que l’équilibre mental. Alors que les diagnostics augmentent, mais restent selon les spécialistes bien loin des chiffres réels de personnes touchées, le système de santé s’organise pour traiter ce phénomène directement au domicile des patients, transformant nos chambres à coucher en nouveaux espaces de soins technologiques.

Un sommeil haché aux conséquences psychologiques

Le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAHOS), caractérisé par des arrêts de la respiration de 10 à 30 secondes qui forcent le cerveau à multiplier les micro-réveils pour oxygéner l’organisme, ne se limite pas à une fatigue passagère. Face aux risques de complications graves, les chercheurs insistent sur l’importance d’un dépistage plus massif. Déjà en 2023, l’association “Santé Respiratoire France” alertait sur le fait que, d’après leurs chiffres, “20 % des Français souffriraient du syndrome d’apnées obstructives du sommeil… Mais seulement 4 % sont effectivement traités”.

Et, encore plus alarmant, une étude majeure publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) fin 2025 établissait un lien préoccupant avec la santé mentale. Chez les plus de 45 ans atteints d’apnée du sommeil, le risque de développer un trouble mental (dépression, anxiété) augmenterait de 40 %. Comme l’explique Géraldine Rauchs, directrice de recherche à l’Inserm, le manque d’oxygène répété durant la nuit crée des dommages dans les zones du cerveau responsables de la régulation des émotions. Ce sommeil « fragmenté » empêche la récupération cérébrale, faisant de l’apnée un facteur aggravant des troubles de l’humeur avec le vieillissement. Si l’âge et l’anatomie ORL jouent aussi un rôle, l’obésité demeure le principal facteur de risque réversible. La consommation d’alcool ou de sédatifs qui relâchent excessivement les muscles de la gorge, transformant un ronflement chronique en une pathologie respiratoire sévère, jouent aussi un rôle. Mais à cet équilibre physiologique déjà précaire s’ajoute désormais un paramètre environnemental : l’élévation des températures nocturnes.

Dépister et s’adapter

Le réchauffement climatique joue en effet un rôle majeur sur l’aggravation des troubles respiratoires nocturnes. Une étude publiée dans la revue Nature en juin 2025 démontre que la chaleur nocturne aggrave les troubles respiratoires. Lorsque le thermomètre dépasse 27,3 °C, le risque de subir des apnées augmente de 45 %. La chaleur empêche les tissus de la gorge de récupérer leur tonicité et perturbe la régulation naturelle du souffle. Sans action de lutte contre le réchauffement climatique, les experts redoutent une multiplication par trois des cas d’apnée du sommeil d’ici la fin du siècle. Ce qui entraîne déjà un coût tangible de 30 milliards de dollars dans les pays développés analysés par l’étude, lié aux pertes de productivité au travail, les salariés touchés étant moins alertes au quotidien.

Ce qui incite Luc Pastorel, dirigeant de SOS Oxygène, à rappeler l’évolution de la détection, qui aujourd’hui est facilitée et ne nécessite plus le passage à l’hôpital. Grâce à la polygraphie ventilatoire, le patient réalise ses tests chez lui avec un boîtier léger enregistrant ses paramètres respiratoires, déchargeant de cette tâche l’hôpital, déjà surchargé par les autres besoins liés à la santé.  L’objectif est d’identifier les millions de cas non diagnostiqués en amont, pour les traiter au plus vite, limiter les conséquences dans la vie quotidienne des patients et l’apparition de complications lourdes (AVC, hypertension) au coût humain et financier (pour l’Assurance maladie) autrement plus importants. “Il ne faut pas négliger les conséquences des apnées du sommeil” rappelle gravement le chef d’entreprise.

À l’aune des nouvelles études concernant les causes de ces apnées du sommeil, la « logistique de précision » et le dépistage ne peuvent constituer à eux seuls l’intégralité des réponses. La lutte contre l’apnée du sommeil pourrait bien devenir une raison de plus d’adopter une politique de santé plus globale, qui s’adapte aux nouvelles contraintes, qu’elles soient sanitaires (obésité) ou environnementales (dérèglement climatique).