Aux Etats-Unis, des chercheurs ont développé une prothèse visuelle sans fil qui recréé une vision artificielle pour les personnes devenues aveugles. L’implant contourne la rétine et les nerfs optiques pour se connecter directement au cortex visuel du cerveau. Si les résultats sont prometteurs, cette technologie pourrait prendre quatre ans avant d’arriver sur le marché, le temps de réaliser des essais cliniques et de passer les étapes réglementaires.
Dans un communiqué de presse publié début mai, l’Illinois Institute of Technology (IIT) annonce avoir franchi une étape importante dans le développement d’un implant visuel sans fil pour redonner la vue aux personnes qui l’ont perdue. L’équipe de recherche a réussi à créer des perceptions lumineuses artificielles chez un troisième patient, confirmant la fiabilité, l’évolutivité et la robustesse de la technologie.
La cécité empêche l’information visuelle de parvenir au cortex visuel
Pour qu’un individu puisse voir, les yeux doivent transmettre des signaux nerveux au cortex visuel du cerveau, qui fonctionne comme un puissant système de traitement. Si les yeux ne sont plus capables de communiquer avec le cerveau, on ne peut plus percevoir notre environnement. C’est exactement ce que provoque la cécité. Cette déficience oculaire empêche l’information visuelle de parvenir au cortex visuel. Pour combler ce déficit, les chercheurs de l’Illinois Institute of Technology ont conçu l’ICVP (Intracortical Visual Prosthesis, prothèse visuelle intracorticale en français). Ce système se substitue à la voie sensorielle défaillante pour stimuler directement le tissu cérébral qui traite la perception visuelle.
La prothèse visuelle comprend 34 micro-stimulateurs et 544 électrodes
L’Illinois Institute of Technology présente son dispositif comme « un implant cérébral sans fil conçu pour fournir une vision artificielle aux personnes totalement aveugles en contournant les yeux et les nerfs optiques et en se connectant directement au cortex visuel du cerveau ». L’implant porté par le troisième patient se compose de 34 micro-stimulateurs sans fil répartis sur le cortex visuel.
Chacun de ces micro-stimulateurs contient 544 électrodes, qui délivrent des impulsions électriques dans le cortex. Les électrodes stimulent individuellement les neurones et provoquent la perception subjective d’un phosphène. C’est-à-dire une sensation lumineuse générée par le cerveau lui-même, sans qu’aucune lumière réelle n’entre dans l’œil
« Une avancée importante pour offrir une option concrète aux patients souffrant d’une perte de vision profonde »
L’implant visuel de l’IIT peut reconstituer une représentation spatiale primaire, mais suffisante pour que le cerveau du patient recommence à se repérer dans son environnement. C’est le premier implant visuel intracortical à utiliser un groupe de stimulateurs sans fil miniaturisés entièrement implantés pour redonner la vision aux personnes devenues aveugles.
Le chirurgien à l’origine de la technologie, le Dr Sepehr Sani, affirme que « le succès de la troisième implantation représente une avancée importante pour offrir une option concrète aux patients souffrant d’une perte de vision profonde ». Un seul patient aurait relevé du hasard, mais la réussite sur trois patients confirme la reproductibilité et la maitrise du protocole.
La prothèse visuelle doit passer des tests cliniques
Les chercheurs de l’IIT souhaitent à présent recruter davantage de personnes pour envisager un potentiel essai clinique à plus grande échelle. Quant aux patients ayant déjà reçu l’implant, ils doivent encore passer par une phase de récupération, qui s’étend sur quatre semaines, suivie de séances de rééducation au Hilton Center for Prosthetic Research de Chicago. Durant cette étape, les auteurs évalueront en priorité leur aptitude à interpréter les phosphènes envoyés par l’implant.
Par la suite, ils les soumettront à une longue période de suivi pouvant s’étendre sur trois ans. Plus tard, l’équipe de recherche doit engager deux autres essais cliniques avant de pouvoir soumettre ses résultats à la FDA (Food and Drug Administration), pour obtenir le feu vert pour une commercialisation. Cela peut prendre deux à quatre ans. Il faudra donc attendre 2030 pour que l’ICVP acquiert le statut de traitement à proprement parler.
