Lundi 14 septembre à 21.05, France 5 a diffusé « Légitime défense : l’affaire de la route toxique », un documentaire inédit de 52 minutes également disponible sur france.tv. Réalisé par Martin Boudot, journaliste d’investigation scientifique, et Louise Tschanz, avocate en droit de l’environnement, cette enquête porte sur ce qui pourrait devenir un nouveau scandale environnemental et sanitaire majeur : la pollution provoquée par l’usure des pneus.
Longtemps éclipsée par les émissions des moteurs ou pots d’échappement, la pollution liée à l’usure des pneus fait désormais l’objet d’une attention particulière. Le magazine d’investigation de France 5, Légitime Défense, s’est penché sur cette contamination invisible qui touche l’air, les sols et les cours d’eau, à travers une excellente enquête. Diffusé le lundi 14 septembre à 21.05 et disponible depuis sur france.tv, ce programme de 52 minutes a été produit par Martin Boudot, journaliste d’investigation scientifique, et Louise Tschanz, avocate en droit de l’environnement.
« Légitime défense : l’affaire de la route toxique » s’intéresse au cas particulier du lac d’Annecy
Pendant plus d’un an, Martin Boudot et Louise Tschanz ont enquêté sur les substances rejetées par les pneumatiques. Leur investigation prend notamment pour point de départ le lac d’Annecy, où des pêcheurs s’inquiètent de la raréfaction de l’omble chevalier, un poisson d’eau douce. On soupçonne la forte circulation automobile autour du lac – jusqu’à 40 000 véhicules par jour – d’être à l’origine de cette situation. En l’absence de données publiques en France (jusqu’à présent, aucun service de l’État ne semble mesurer l’impact de l’usure des pneus sur l’eau ou l’air), le duo d’enquêteurs a sollicité l’expertise de scientifiques norvégiens qui étudient depuis dix ans la contamination du fjord d’Oslo, en Norvège.
Des substances contenues dans les pneus peuvent provoquer des troubles neurologiques ou altérer la fertilité
Sans surprise, les prélèvements effectués dans le lac d’Annecy mais aussi dans l’eau de robinet et dans l’urine des riverains confirment la présence de particules potentiellement toxiques en quantités non négligeables. Certaines sont notamment susceptibles de provoquer des troubles neurologiques ou d’altérer la fertilité chez l’homme. Il s’avère qu’à chaque kilomètre parcouru, les pneus libèrent des particules de caoutchouc et de plastique ainsi que diverses substances chimiques dans le lac. Des substances toxiques peuvent se retrouver facilement dans l’eau après avoir été entraînées par les eaux de ruissellement et provoquer une forte mortalité chez les poissons, notamment chez les saumons, les ombles chevaliers et les brochets.
L’usure des pneus constitue une source de pollution bien plus importante que les pots d’échappement
Mais le phénomène dépasse largement le cas du lac d’Annecy. Des chercheurs estiment que l’usure des pneumatiques constitue une source importante de microplastiques dans l’environnement à travers la planète. Une étude menée par le laboratoire britannique Emissions Analytics a même conclu que les particules issues des pneus pouvaient être beaucoup plus nombreuses que celles provenant des pots d’échappement. De leur côté, au nom du secret industriel, les fabricants de pneus refusent de donner la liste exacte des substances utilisées pour faciliter la recherche médicale. Ils minimisent même la dangerosité des molécules, tout en menant un lobbying intense pour réduire la pression de la réglementation.
« Légitime défense : l’affaire de la route toxique » réalimente le débat sur une pollution encore peu réglementée
Plus qu’un simple documentaire, « Légitime défense : l’affaire de la route toxique » vient réalimenter le débat sur une pollution encore peu réglementée. Sans se limiter à un constat anxiogène, le programme esquisse des pistes d’action pour baisser la pollution des pneus. Il recommande principalement le filtrage des eaux de ruissellement afin de limiter l’arrivée des particules dans les milieux aquatiques. Des chercheurs et des associations proposent également de mieux légiférer sur la composition des pneus et de surveiller leurs émissions. En Californie, une réglementation sur certaines substances chimiques présentes dans les pneumatiques est déjà entrée en vigueur.
