Agriculture : les « nouveaux OGM » bientôt en Europe ?

Le mercredi 17 juin, le Parlement européen doit se prononcer sur l’autorisation des « nouvelles techniques génomiques », ou « nouveaux OGM », pour l’agriculture. Ces technologies permettent de modifier l’ADN des plantes pour les rendre plus résistantes et plus productives. Mais les ONG et les paysans redoutent des conséquences néfastes sur l’environnement et la santé humaine.

Le Parlement européen doit se prononcer ce mercredi 17 juin sur l’autorisation des « nouvelles techniques génomiques » (NTG) pour les végétaux, dans le cadre de la réglementation sur les nouveaux OGM. Proposé par la Commission européenne en 2023, ce projet législatif préconise l’assouplissement des règles applicables aux organismes génétiquement modifiés. Très contesté, il a fait l’objet d’intenses négociations pour aboutir à un compromis en décembre dernier, validé en mars par les États membres (dont la France).

Les OGM confèrent de nouvelles caractéristiques aux plantes

Comme tout être vivant, les plantes se composent de cellules, contenant chacune un noyau de molécules d’ADN. Celles-ci renferment l’information génétique, c’est-à-dire toutes les instructions nécessaires au développement, au fonctionnement et à la reproduction des êtres vivants. Dans le cas des végétaux, il peut s’agir de la couleur, de la forme et du mode de reproduction, par exemple. Il y a plusieurs années, des techniques ont été introduites pour leur conférer des caractéristiques nouvelles qu’elles n’auraient pas pu acquérir naturellement. C’est ce qu’on appelle les organismes génétiquement modifiés (OGM).

Nuances entre OGM et NTG

Le génie génétique, ou OGM, consiste à ajouter un ADN étranger à l’espèce modifiée. Ce processus biologique s’appelle la transgénèse (transfert d’un gène provenant d’une espèce éloignée) ou la cisgénèse (transfert d’un gène provenant d’une espèce apparentée). Les « nouvelles techniques génomiques » (NTG), elles, n’introduisent pas un génome étranger, mais modifient l’ADN d’un être vivant, en le réécrivant par exemple. C’est l’intragénèse.

Cette mutagénèse confère de nouvelles caractéristiques à la plante. Celle-ci acquiert plus de résistance (aux sécheresses, aux maladies…), offre plus de rendement ou présente une meilleure durée de conservation. La directive de 2001 définissant l’OGM ne soumet pas aux régimes d’évaluation et d’autorisation les plantes obtenues par des méthodes de mutagénèse conventionnelles ou aléatoires appliquées in vivo, comme c’est le cas des NTG.

Les NTG classées en deux catégories

Dans son texte soumis mercredi aux eurodéputés, l’Union européenne classe les NTG en deux groupes. D’une part la catégorie 1, comprenant les végétaux modifiés et autorisés au même titre que toute plante obtenue conventionnellement ou pouvant apparaître naturellement. D’autre part, la catégorie 2, concernant les mutations complexes (plus de 20 opérations), où les végétaux sont considérés comme des OGM « classiques », avec un processus de surveillance, de traçabilité et d’étiquetage. Selon l’UE, l’accord conclu en décembre 2025 doit permettre de renforcer la compétitivité et la durabilité de nos systèmes alimentaires, face à la concurrence des États-Unis et de la Chine, qui utilisent depuis longtemps des OGM.

Des inquiétudes sur l’impact environnemental et la santé humaine

Ces arguments peuvent sembler convaincants, mais de nombreuses organisations écologistes émettent des inquiétudes concernant l’impact sur l’environnement notamment. Si ces mutations ne sont pas bien maîtrisées, avertissent les ONG, elles peuvent entraîner une dérégulation et altérer des fonctions essentielles de la plante. Par exemple si une modification change subtilement la période de floraison ou les signaux chimiques de défense, elle peut avoir un effet néfaste sur les pollinisateurs ou sur la vie du sol. De plus, les opposants craignent des conséquences sur la santé humaine, en cas d’altération de la valeur nutritionnelle ou de création de nouveaux allergènes.

La gauche défavorable à la nouvelle réglementation sur les nouveaux OGM

De leurs côtés, les syndicats agricoles (comme la Confédération paysanne) pointent des risques pour la souveraineté alimentaire et l’opacité pour les consommateurs. Avec la nouvelle réglementation, les plantes génétiquement modifiées seront assimilées à des plantes issues de sélections traditionnelles, ce qui pourrait dispenser certains produits de l’étiquetage OGM et donner un avantage concurrentiel aux agroindustriels. Au Parlement, la gauche (PS, LFI et les Ecologistes en France) est majoritairement hostile à l’accord sur les NTG. Elle y voit un retour des célèbres OGM combattus depuis les années 1980.

Des manifestations prévues devant le Parlement

Quant à la droite et l’extrême droite, elles sont globalement favorables à la nouvelle réglementation, dans le sillage des organisations agricoles productivistes comme la FNSEA en France. C’est dans ce contexte qu’a lieu le vote de ce mercredi. Les associations ne comptent pas laisser passer le texte. Ces derniers mois, elles ont multiplié les pétitions et les lettres ouvertes aux eurodéputés. Une cinquantaine d’entre elles appellent à manifester devant le Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin) ce mardi 16 juin.