Dans un rapport scientifique sur les polluants éternels (PFAS) publié jeudi, l’ECHA préconise une « restriction large » de ces substances chimiques, sauf « exceptions ciblées ». L’agence pointe des risques croissants pour la population, dont des cancers et des troubles de la reproduction. Une autre étude d’impact socio-économique des mesures anti-PFAS est attendue à la fin de l’année, avant une décision finale de l’UE.
Molécules synthétiques omniprésentes dans notre quotidien, les PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées) sont utilisés depuis les années 1940 par les industriels pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur. On les retrouve dans de nombreux produits comme les vêtements, les tissus d’ameublement, les poêles antiadhésives, les emballages alimentaires ou encore les mousses anti-incendie.
Les PFAS représentent des risques sanitaires et environnementaux
Bien que très utiles, les PFAS sont sources de problèmes majeurs. D’abord, ils mettent énormément de temps à se décomposer dans la nature, d’où leurs surnoms de « polluants éternels ». En plus de représenter une menace pour l’environnement, ces perturbateurs endocriniens constituent un risque croissant pour la population, car pouvant provoquer des cancers et des troubles de la reproduction. Face à ces potentiels dangers, la Commission européenne voudrait les interdire dans les produits de consommation courante. Mais elle a besoin au préalable de deux avis de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), pour s’assurer de prendre la bonne décision.
De nouvelles mesures réglementaires nécessaires
Le premier rapport scientifique a été rendu public ce jeudi 26 mars. Dans ce premier avis, les experts de l’ECHA concluent que les PFAS sont effectivement « nocifs » et qu’ils présentent « des risques croissants » pour la population et l’environnement. Ils précisent que ces substances « persistent longtemps dans l’environnement, se déplacent sur de longues distances et contaminent les eaux souterraines et les sols, tandis que certaines d’entre elles provoquent de graves problèmes de santé, tels que des cancers et des troubles de la reproduction ». Pour « maîtriser ces risques », les spécialistes jugent nécessaire la mise en place de nouvelles mesures réglementaires à l’échelle de l’Union européenne.
Une « large restriction », avec des « dérogations ciblées »
Pour sa part, l’ECHA préconise une « large restriction » des PFAS, avec des « dérogations ciblées » quand il n’y a pas d’alternative. Mais c’est bien là le problème. Jusqu’où aller dans l’interdiction ? Et quelles sont les alternatives viables ? Industriels et organisations environnementales s’écharpent sur ces questions.
Les uns souhaitent une interdiction ciblée, les autres une interdiction totale pour se pencher sur des solutions comme l’amidon, l’inox ou encore les polymères sans fluor. Au sein même de l’ECHA, deux camps s’opposent. D’un côté ceux qui appellent à une suppression totale des PFAS pour minimiser leur impact, et de l’autre ceux qui considèrent qu’une telle mesure ne serait « probablement pas proportionnée ».
Une étude d’impact socio-économique des mesures anti-PFAS attendue à la fin de l’année pour une décision finale
Face à ces divisions, certains scientifiques prônent un juste milieu. Ils recommandent de réduire les risques grâce à un étiquetage clair des PFAS sur les produits bénéficiant de dérogations, et des plans de gestion spécifiques à chaque site industriel.
Pour leur part, les eurodéputés ont décidé de légiférer sur les emballages alimentaires avec des concentrations maximales de PFAS à partir du mois d’août, ainsi que sur les jouets à l’horizon 2030. L’Union européenne, que les ONG environnementales accusent de plier sous le poids des lobbies industriels, attend désormais l’autre étude d’impact socio-économique des mesures anti-PFAS, attendue à la fin de l’année, pour se décider.
