Santé mentale : les réseaux sociaux augmentent les cas de dépression chez les ados

Ce n’est plus à démontrer. L’usage excessif des réseaux sociaux est nocif pour la santé mentale. Selon une nouvelle étude des équipes du service de psychiatrie de l’hôpital Corentin-Celton AP-HP et de l’Inserm, notamment, il serait même associé à près de 600 000 cas supplémentaires de dépression chez les jeunes nés entre 1990 et 2012. Ce chiffre repose sur une approche innovante de modélisation avec un modèle de micro-simulation inédit fondé sur les données démographiques françaises de 18,6 millions d’adolescents.

Les réseaux sociaux occupent une place de plus en plus prépondérante dans la vie des adolescents, suscitant des inquiétudes chez parents, éducateurs et psychologues. Soucieux de la santé mentale des plus jeunes, certains gouvernements prévoient d’interdire les écrans aux moins de 16 ans pour enrayer cette addiction. Une nouvelle étude française leur donne un argument de plus, en associant l’utilisation excessive des médias sociaux à l’augmentation des taux de dépression chez les adolescents.

Un modèle de micro-simulation alimenté par des données démographiques françaises de 18,6 millions d’adolescents

Cette étude a été menée par le service de psychiatrie de l’hôpital Corentin-Celton AP-HP, l’Université Paris Cité, l’Inserm et l’Institut de psychiatrie et neuroscience de Paris, en collaboration avec des équipes de Columbia University (New York, Etats-Unis), du National Institute on Drug Abuse et du Public Health Expertise. Elle repose sur un modèle de micro-simulation alimenté par des données démographiques françaises de 18,6 millions d’adolescents nés entre 1990 et 2012 et suivis entre 2000 et 2022. Les chercheurs ont intégré divers paramètres, tels que les habitudes d’utilisation des réseaux sociaux et les facteurs de risque classiques de dépression (traumatismes infantiles, pathologies chroniques, sédentarité, obésité, consommation de substances psychoactives).

L’usage excessif des réseaux sociaux associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression chez les adolescents

Aussi, les auteurs ont pris comme critère d’évaluation principal le nombre cumulé de cas de dépression, et comme critères secondaires les décès par suicide, la perte d’espérance de vie ajustée sur la santé (EVA) et les coûts associés. Le modèle de simulation des scientifiques français a été jugé bien calibré par leurs pairs américains et validé de manière satisfaisante par rapport à des données prospectives venues des États-Unis.

Les résultats des simulations montrent que l’usage excessif des réseaux sociaux serait associé à 590 000 cas supplémentaires de dépression chez les adolescents au cours de leur vie. Ils projettent également 799 décès par suicide supplémentaires, la perte de 137 000 années de vie en bonne santé et 3,94 milliards d’euros de coûts économiques et sociaux liés aux troubles mentaux.

Des pistes pour réduire la dépendance aux réseaux sociaux 

Les auteurs de l’étude rappellent que la prévalence annuelle de la dépression caractérisée chez les adolescents a fortement augmenté en France ces dernières années, passant de 2 % en 2014 à 9 % en 2021.  Cette évolution s’accompagne d’une hausse rapide du temps passé sur les réseaux sociaux, estimé à 2 heures 12 par jour en moyenne il y a quatre ans.

Face à ces chiffres, les chercheurs proposent plusieurs pistes concrètes de prévention. D’abord la limitation de l’usage des réseaux sociaux à 1 heure par jour afin de réduire la prévalence cumulée de la dépression de 14,7 %. Ensuite le remplacement de 30 minutes de médias sociaux par 30 minutes d’activité physique pour baisser cette même prévalence de 12,9. En outre, les chercheurs préconisent l’arrêt complet des plateformes pour les 8,5 % d’adolescents les plus à risque pour réduire la prévalence de 12,0 %.