Après une longue traversée du désert, Boiron renoue avec la croissance de ses ventes et la rentabilité. Le leader mondial de l’homéopathie annonce un chiffre d’affaires en hausse de 2% en 2025, à 501 millions d’euros, contre 487 millions d’euros en 2024. Il a pu redresser la barre grâce à une stratégie de diversification et d’internationalisation mise en place pour faire face au déremboursement progressif de ses traitements en France.
Est-ce la fin du cycle de pertes ? Boiron a dévoilé jeudi 2 avril des résultats annuels 2025 en légère amélioration. Le laboratoire lyonnais, dont le siège se trouve à Messimy, a annoncé un chiffre d’affaires de 501,70 millions d’euros, en progression de 2,8 % par rapport à 2024 (487,60 millions d’euros), et même en hausse de 4,1 % à taux de change constant. Le groupe a également fait part d’un progrès de son Ebitda, qui passe de 15,7 à 43,7 millions d’euros. Ces résultats marquent un redressement des financiers après plusieurs années consécutives de chute des ventes (- 163 millions de pertes de CA entre 2017 et 2024), notamment causée par le déremboursement des préparations homéopathiques en France.
Boiron a mis en place une thérapie de choc pour sortir du coma
Fondé en 1932 par les frères jumeaux pharmaciens Jean et Henri Boiron, dont la famille détient encore 70 % des actions, Boiron a payé très cher le déremboursement effectif des traitements homéopathiques en France à partir du 1er janvier 2021, dans un contexte de remise en cause des médecines douces, dites aussi complémentaires ou alternatives.
Pour pallier la baisse des volumes de ventes de tubes et de doses, le leader mondial de l’homéopathie a dû mettre en place deux plans sociaux, marqués par la suppression de 645 postes, dont 145 en France, où le groupe possède 27 sites de production. Il a aussi et surtout misé sur une réorganisation de son portefeuille, avec une simplification de ses formules et leur désaisonnalisation (elles ne sont plus dédiées aux maux de l’hiver). L’entreprise s’est en outre lancée dans la vente de compléments alimentaires. L’homéopathie reste son cœur de métier avec 93% des revenus.
Les marchés nord-américain et chinois se portent bien, pas l’Europe
Si Boiron redresse légèrement la barre, tous les marchés ne se portent pas bien. La zone Europe hors France en premier, avec une perte du chiffre d’affaires de 3,351 millions d’euros (-2,7 %). En Hexagone, le CA s’est creusé à environ 200 millions d’euros (-0,2%), mais il représente toujours 40% du total. L’Amérique du Nord, en revanche, affiche des résultats en progression.
Les ventes des spécialités hivernales (comme Oscillococcinum ou Stodal) aux États-Unis, deuxième plus gros marché après la France, ont augmenté près de 14,4%, dont 36 % via l’e-commerce. On observe une dynamique similaire dans la zone « Autres pays ». Celle-ci enregistre une hausse de 20,4 %, reposant en grande partie sur la Chine. Créée en 2015, sa filiale chinoise (70 salariés) a vu ses ventes exploser grâce à la vente directe en ligne lancée l’année dernière.
Une nouvelle hausse du CA prévue en 2026
Fort de ces résultats, le conseil d’administration de Boiron propose aux actionnaires le versement d’un dividende de 1,35 euro par action, dont le paiement est prévu le 5 juin 2026. La trésorerie nette s’établit à 70,7 millions d’euros, en hausse de 10 % sur un an. Pour 2026, le laboratoire lyonnais anticipe une nouvelle hausse de son CA cette année et un triplement des ventes en Chine d’ici trois ans, grâce à son premier client local, Douyin, le social seller de TikTok. Il reste toutefois prudent. Le fabricant estime que l’évolution de la rentabilité dépendra du niveau des pathologies saisonnières, du lancement de nouveaux produits et du contexte géopolitique mondial. Il a déjà prévu de lancer des gammes dans le cannabis médical en 2026.
Boiron dénonce des « campagnes de dénigrement » récurrentes contre l’homéopathie
« Nous continuons à mettre toute notre énergie et notre détermination pour que chaque patient dans le monde puisse bénéficier de l’homéopathie et de nos autres solutions de santé, afin de participer au développement d’une santé intégrative plus humaine, plus efficiente et plus durable », a expliqué Pascal Houdayer, directeur général de Boiron depuis janvier 2025.
Mais cela n’est pas facile dans le contexte actuel de boycott de certaines médecines complémentaires, en raison de l’absence de preuves scientifiques de leur efficacité supérieure à un placebo. Le laboratoire a profité de la publication de ses résultats financiers pour dénoncer des « campagnes de dénigrement » récurrentes contre l’homéopathie de la part de scientifiques ou de groupes de pression. Ce sont justement ces attaques qui ont provoqué le déremboursement des traitements à partir du 1er janvier 2021.
