Réintroduction de l’acétamipride : le sénateur Laurent Duplomb ne lâche pas l’affaire 

Mardi 2 février, Laurent Duplomb (LR) a déposé une nouvelle proposition de loi visant à réintroduire l’acétamipride, un pesticide interdit en France mais autorisé ailleurs en Europe. Selon le sénateur de Haute-Loire, les agences sanitaires ont « démontré » l’innocuité de cette substance pour l’environnement et l’être humain. Son obstination provoque la colère des associations de défense de l’environnement, des agriculteurs et de simples citoyens.

Le sénateur de Haute-Loire Laurent Duplomb (Les Républicains) a déposé, le lundi 2 février, une nouvelle proposition de loi visant à réintroduire pour certaines filières agricoles l’acétamipride, un insecticide interdit en France mais autorisé ailleurs en Europe. Pour expliquer cette nouvelle offensive, le sénateur affirme que les agences sanitaires ont « démontré » l’innocuité de cette substance pour l’environnement et l’être humain.

« Aucune étude sérieuse n’a démontré que cette molécule était cancérigène », assure Laurent Duplomb

Laurent Duplomb pointe parallèlement une perte de compétitivité de l’agriculture française, alors qu’au niveau européen ce néonicotinoïde est toujours autorisé. « Aucune étude sérieuse n’a démontré que cette molécule était cancérigène », a insisté l’élu, le 9 février, auprès d’Ici Pays d’Auvergne. Rappelons que le sénateur avait déjà déposé un premier texte, censuré partiellement par le Conseil constitutionnel en août 2025.

L’institution a justifié sa décision par le fait qu’il n’existe pas « d’encadrement suffisant » sur la durée, le type ou la technique de traitement, et que la proposition était contraire à la Charte de l’environnement, qui a valeur constitutionnelle. Elle a également fait valoir « le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé » ainsi que « le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement ».

L’acétamipride menace la biodiversité

Si Laurent Duplomb évoque l’innocuité de l’acétamipride, les opposants à sa proposition de loi brandissent plusieurs études qui démontrent le contraire ou appellent à la vigilance. Ils font notamment appel à une étude de 2025 qui alerte sur les effets néfastes sur la biodiversité, avec une forte mortalité (92%) chez trois espèces d’insectes des milieux limitrophes qui n’étaient pas la cible du produit répandu dans les champs.

Les pollinisateurs, sont les abeilles et les bourdons, seraient les plus touchés. Or, s’il y a moins d’insectes (et d’invertébrés terrestres aussi), les fleurs auront des difficultés à germer, et il y aurait moins d’oiseaux ainsi que de petits reptiles. Toujours au niveau de la biodiversité, l’acétamipride aurait également des effets tangibles sur les organismes aquatiques et les mammifères situés dans la zone d’épandage.

Les agences sanitaires invitent à la prudence sur l’acétamipride, en attendant les résultats de leurs enquêtes scientifiques

Au niveau de la santé humaine, des données scientifiques révèlent également des problèmes. Notamment une mortalité accrue, une altération des comportements, de la reproduction ou du développement, et parfois de certains organes. Comme les néonicotinoïdes ciblent principalement le système nerveux, on les soupçonne en outre d’être neurotoxiques.

Ces molécules auraient un rôle potentiel dans des troubles du neurodéveloppement chez l’enfant et l’adolescent en particulier. De leurs côtés, les agences sanitaires européenne et française ne donnent pas un avis tranché sur l’acétamipride, faute de connaissances suffisantes. Elles suggèrent toutefois de réduire la dose quotidienne acceptable, en attendant les conclusions des études scientifiques qu’elles mènent.

Une pétition et des rassemblements contre la loi Duplomb

Pour sa part, le gouvernement français a une position plutôt ambiguë. Tout en assurant comprendre la préoccupation des associations, médecins et citoyens, il affirme que les traitements à l’acétamipride sur les plantes restent nécessaires pour certaines cultures comme la betterave. L’exécutif reconnaît cependant que des méthodes préventives mises en œuvre ont déjà permis de réduire significativement la pression du puceron.

François Veillerette, porte-parole de Générations Futures, pense que l’État n’ose pas s’exprimer clairement pour ne pas fâcher la FNSEA, le tout puissant syndicat productiviste, à quelques semaines du Salon de l’Agriculture. « Nous demandons au gouvernement d’annoncer clairement qu’il renonce à soutenir toute réautorisation de néonicotinoïdes, sauf à vouloir abuser l’opinion publique dont il connait l’opposition à ces produits », a souhaité le responsable d’ONG. Comme pour rafraîchir la mémoire à l’État, il rappelle la réussite de la pétition contre la loi Duplomb et les nombreux rassemblements contre ce texte, notamment devant l’Assemblée nationale récemment.