Alors qu’on croit que les habitants des zones rurales sont ceux qui utilisent le plus la téléconsultation, une enquête de la Drees et de l’Insee nous dit le contraire. Cette étude montre qu’en France métropolitaine, les jeunes, les diplômés et les habitants des grandes villes téléconsultent davantage. Un constat à rebours d’une vision de cette pratique perçue comme une solution aux déserts médicaux en campagne.
Dans une nouvelle publication, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) et l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dressent un état des lieux du recours à la téléconsultation en France métropolitaine en 2023 et en 2024. Cette enquête relève d’emblée que la pratique s’est bien installée en France depuis la crise du Covid-19, mais qu’elle a un usage très inégal et à rebours de la vision traditionnelle. On apprend par exemple que ce sont d’abord les jeunes, les diplômés et les habitants des grandes villes qui téléconsultent le plus. Pourtant, on a toujours pensé que ce dispositif rimait avec déserts médicaux et zones rurales.
La téléconsultation recule par rapport à la période sanitaire, mais s’installe en France
Au-delà de cet enseignement général, la Drees et l’Insee rapportent que les médecins généralistes libéraux ont réalisé 5,4 millions de téléconsultations en 2023, soit 2,2 % de l’ensemble des actes, contre 3,0 % en 2022 et 3,7 % en 2021. Ainsi, cette modalité reste marginale à l’échelle de la médecine de ville, mais elle s’installe dans le paysage. Elle séduit les personnes de 18 ans ou plus, dont 15% déclarent avoir eu recours à la téléconsultation au moins une fois en 2024. Dans le détail, 23 % des 18-29 ans ont téléconsulté, 22 % des 30-44 ans, 14 % des 45-59 ans, 6 % des 60 ans ou plus, et 4 % des 75 ans et plus. Le recours à ce dispositif diminue donc avec l’âge.
Le numérique en santé, une source d’inégalités
Côté usage, la vidéo domine largement (77 % des téléconsultations), devant le téléphone (14%) et les deux modes (9%). Au niveau du diplôme, la téléconsultation est plus fréquente chez les personnes les plus diplômées (24 % d’utilisateurs parmi les titulaires d’un Bac+3 ou plus). Suivent les titulaires d’un CAP/BEP (autour de 10 %) et les personnes peu ou pas diplômées (5 %). Ces chiffres font du numérique en santé, une source d’inégalités. La Drees et l’Insee ont également étudié l’aspect territorial. Elles notent que la téléconsultation est d’abord une pratique des grandes villes : 21 % de recours dans ces lieux, contre de 9 à 11% pour le rural périurbain et le rural non périurbain.
La téléconsultation déshumanise la relation entre patient et médecin
Concernant les motivations, 43% des personnes ayant téléconsulté invoquent des délais d’attente trop longs pour obtenir un rendez-vous en présentiel, un tiers mettent en avant une situation urgente, et 20 % déclarent y recourir pour un renouvellement d’ordonnance ou l’obtention d’un certificat médical. Enfin, question utilité, 73% des Français estiment que le dispositif peut contribuer à lutter contre les déserts médicaux, et 73 % y voient aussi une solution pour désengorger les services d’urgence. Cependant, plus de huit personnes sur dix jugent que la téléconsultation déshumanise la relation entre patient et médecin et qu’elle présente des risques pour les données santé (plus de six sondés sur dix).
