Syndrome aérotoxique : la reconnaissance en maladie professionnelle toujours pas gagnée

Le syndrome aérotoxique, une pathologie causée par une exposition importante à l’air pressurisé des cockpits, a été reconnue ces dernières années par la justice comme une maladie professionnelle des pilotes d’avion. Pourtant il fait encore l’objet d’un déni de la part des compagnies aériennes et souffre d’une reconnaissance nosologique officielle par les grandes agences sanitaires internationales.

Comme on le sait maintenant, l’air des avions n’est pas pur à cause d’un cocktail de substances nocives qui se dégagent à une certaine altitude. Ainsi, il peut affecter la santé des personnels navigants et des passagers. Parmi les maladies liées au secteur de l’aviation figure le syndrome aérotoxique. Bien connu des pilotes, cette pathologie est causée par l’inhalation d’air de cabine contaminé par des vapeurs d’huile de moteur. Elle cause notamment des maux de tête, des vertiges, de la fatigue, de la confusion mentale, des problèmes digestifs ou respiratoires, des fausses couches pour les femmes ou encore une incapacité de travail.

Plusieurs décisions judiciaires ont porté sur le syndrome aérotoxique en 2025

Depuis une décennie, les dépôts de plainte contre les compagnies aériennes se sont multipliés en France autour du syndrome aérotoxique. Courant 2025, deux décisions de justice ont été rendues à Toulouse (Haute-Garonne) validant le lien causal et donnant une existence légale à la maladie. En décembre de la même année, le pôle social du tribunal judiciaire de Toulon a également reconnu comme maladie professionnelle le syndrome aérotoxique d’un commandant de bord français. Un certificat de non-appel délivré le 5 février 2026 a rendu cette décision définitive.

Première reconnaissance judiciaire définitive en l’absence d’un « fume event » aigu identifié

Il s’agit de la première reconnaissance judiciaire définitive d’un syndrome aérotoxique lié à une exposition chronique au syndrome aérotoxique, en l’absence d’un « fume event » aigu identifié. Selon la terminologie des compagnies aériennes et des constructeurs d’avions, la « fume event » est un épisode brutal de dégagement d’émanations et d’odeurs bien connu des personnels navigants. Dans les deux affaires jugées à Toulouse, ce phénomène existait pourtant. Dans le dossier de Toulon,
les juges ont établi un lien formel et direct entre l’activité́ professionnelle du pilote et une neuropathie centrale et périphérique auto-immunitaire avec syndrome de démyélinisation.

Les compagnies aériennes réticentes à reconnaître le syndrome aérotoxique

Dans tous les cas c’est une grande victoire pour les navigants, qui se battent depuis plusieurs années pour faire reconnaître l’impact sanitaire des émanations d’huiles moteurs et le syndrome aérotoxique associé. Il y a dix ans, ils ont même fondé l’association des victimes du syndrome aérotoxique (AVSA) pour se faire mieux entendre.

Malgré ce tournant judiciaire à Toulon, rien n’est gagné toutefois pour les pilotes. Si la Direction générale de l’Aviation civile (DGAC) et les autres autorités aéronautiques dans le monde ont déjà émis de nombreux bulletins d’alerte sur les confusions mentales, les compagnies aériennes persistent à dire qu’il n’y a pas de données scientifiques pour établir un lien de cause à effet.

Des constructeurs travaillent sur des solutions techniques pour résoudre le problème

A vrai dire, le monde scientifique reste flou sur ce sujet. En 2023, l’Anses notamment avait conclu « à un niveau de preuve faible entre un syndrome spécifique et la contamination de l’air par des huiles moteur ». Cependant, le tribunal de Toulon a jugé qu’« une incertitude scientifique générale ne saurait empêcher la reconnaissance d’un dommage professionnel lorsqu’un faisceau d’indices précis, concordants et circonstanciés établit le lien causal ».

En attendant des preuves formelles, des constructeurs se bougent. C’est le cas de Boeing, qui a décidé d’équiper son dernier-né, le Dreamliner, de compresseurs électriques pour envoyer de l’air sain en cabine. A Toulouse, Liebherr-Aerospace a déposé le brevet d’un système destiné à éviter la contamination. Cette innovation est attendue sur les futurs Airbus.