Les travailleurs du BTP bien plus exposés aux nuisances que les autres actifs

Travailleurs du BTP

Bruits, solvants pétroliers, poussières de silice et de bois, laines minérales… Les travailleurs du BTP sont 3 à 10 fois plus exposés aux nuisances que les autres actifs, selon une étude de Santé publique France (SpF) publiée mardi 7 avril. Face à ce constat, l’agence juge primordiale de surveiller ces professionnels, d’autant que les risques qu’ils encourent sont variés. Elle table sur une prévention ciblée vers les artisans et ouvriers en particulier.

Le BTP (bâtiments et travaux publics) est l’un des secteurs économiques les plus importants en France. En 2021, il générait plus de 300 milliards d’euros de chiffre d’affaires et employait plus de 1,5 millions de salariés en temps plein dans 530 000 entreprises. Malheureusement, il concentrait aussi à lui seul environ 15 % des accidents avec arrêt maladie et 20 % des décès au travail, entre 2019 et 2022. En 2023, ce milieu recensait plus de 76 800 accidents du travail, 149 décès et plus de 6 900 maladies professionnelles.

Les travailleurs du BTP 3 à 10 fois plus exposés que les autres actifs

Une nouvelle étude de Santé publique France (SpF), publiée le mardi 7 avril dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire, confirme qu’il est bien un secteur à risques. D’après cette enquête, les travailleurs du BTP sont 3 à 10 fois plus exposés que les autres actifs aux bruits, poussières de silice et de bois, aux laines minérales, carburants ou encore aux solvants pétroliers. Avec cette recherche, l’agence sanitaire voulait fournir, en France hexagonale, la cartographie la plus complète des différentes nuisances auxquelles sont soumis les travailleurs des bâtiments et travaux publics. Elle a inclus les non-salariés (artisans, micro-entrepreneurs), qui représentent 23 % des personnes en emploi dans le BTP, contre 9 % de la main-d’œuvre des autres secteurs non agricoles et les intérimaires.

Neuf salariés sur dix de ce secteur d’activités sont des hommes

L’étude de la SpF détaille que six travailleurs du BTP sur dix, soit 62,1 %, sont exposés au bruit (exposition à un niveau égal ou supérieur à 70 dB), contre 20,5 % des actifs en général. Il s’agit pour la plupart d’hommes (près de 90 % des travailleurs du BTP), dont la moitié a entre 40 et 59 ans. Suivent dans l’ordre du degré d’expositions, les poussières de silice (39,2 %), les laines minérales (29,7 %), les carburants et solvants pétroliers (près de 10 %), les poussières de bois (8 %) et le formaldéhyde (1,1 %). En revanche, ces employés du BTP sont deux fois moins exposés au travail de nuit, avec 9,3 % d’entre eux concernés, contre 16,5 % dans le reste de la population active.

Des risques de troubles cardiovasculaires, de cancers pulmonaires ou de silicose

Côté dommages, la SpF rappelle que le bruit peut provoquer des gênes auditives, de la fatigue cognitive, du stress, mais aussi des troubles cardiovasculaires et du sommeil. Il peut en outre nuire à la qualité du travail au point d’être à l’origine d’accidents. En 2025, une étude de l’organisme public indiquait que le BTP comptait le plus grand nombre de travailleurs exposés (plus de 1,3 million) au bruit, devant les transports, la logistique et le tourisme.  Mais le secteur de la mécanique et du travail des métaux présentait la plus grande proportion de travailleurs exposés au bruit (77,9 %), c’est-à-dire le plus grand nombre d’individus exposés rapporté au nombre total des travailleurs de ce milieu. Quant aux poussières de silice, reconnues pour causer des pathologies lourdes, elles exposent à des cancers pulmonaires ou à la silicose, une maladie des poumons, tandis que les poussières de bois provoquent des cancers naso‑sinusiens.

Les travailleurs du BTP, « une population particulièrement à surveiller »

Dans un secteur où le « risque d’accidents et de maladies professionnelles est élevé », les expositions au bruit et aux poussières de silice notamment « restent particulièrement préoccupantes », constate SpF. Face à cette situation, l’agence sanitaire juge que les travailleurs du BTP constituent « une population particulièrement à surveiller, compte tenu de la variété des risques professionnels rencontrés dans ce secteur ». Elle table sur la prévention pour réduire ces dangers, en ciblant davantage les actions de santé au travail vers les artisans et ouvriers les plus exposés. L’établissement public rappelle également que les intérimaires, peu étudiés malgré leur nombre (79 000), restent en première ligne, que ce soit au niveau du bruit et des polluants. Ils doivent donc être autant suivis.