A un an de l’élection présidentielle de 2027, l’accès aux soins en France s’est considérablement dégradé. Selon le baromètre 2026 de la Fédération hospitalière de France (FHF), publié mardi, près des trois quarts des Français ont renoncé à au moins un acte de soins au cours des cinq dernières années pour des raisons géographiques ou financières. La FHF appelle donc les politiques à se saisir de cette question cruciale.
La Fédération hospitalière de France (FHF), qui regroupe les hôpitaux publics du territoire, a publié mardi un sondage réalisé pour son compte par Ipsos sur l’accès aux soins en Hexagone. Selon cette enquête, l’accès aux soins en France s’est considérablement dégradé ces dernières années. Cette situation pousse un nombre croissant de Français à renoncer à se soigner et fait peser une pression toujours plus forte sur les urgences publiques.
Les Français patientent plus longtemps pour un rendez-vous médical
Quels sont les principaux enseignements de ce sondage ? On apprend d’abord que le temps d’obtention d’un rendez-vous médical s’allonge. Les Français déclarent avoir attendu 12 jours en moyenne pour voir un généraliste en 2025, contre 4 jours en 2019. Aussi, ils ont patienté 3 semaines et 2 jours pour voir un pédiatre, contre 2 semaines et 4 jours six ans plus tôt. Ce délai d’attente a presque triplé chez le cardiologue, passant d’1 mois et 3 semaines à 3 mois et 2 jours. Chez le dermatologue, il a doublé pour atteindre 4 mois et 2 semaines aujourd’hui, contre 2 mois et 2 jours auparavant.
7 millions de Français supplémentaires ont renoncé à se soigner au moins une fois depuis 2023
En raison de ces longs délais d’attente, 73 % des Français déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soins au cours des cinq dernières années. Ce qui représente 10 points de plus en deux ans (63% en 2023). Ce bond représente près de 7 millions de personnes supplémentaires concernées.
Le renoncement aux soins atteint même 85 % chez les moins de 35 ans, peu patients apparemment. Outre le délai, la question financière reste un facteur important. En effet, près de 40 % des Français qui renoncent aux soins le font pour des raisons de budget. Beaucoup de personnes n’ont pas les moyens d’assurer le reste à charge.
La dégradation de l’accès aux soins pèse sur les hôpitaux publics
En outre, quelque 63 % des sondés disent avoir peur de devoir être hospitalisés au vu de la situation actuelle des hôpitaux. Et près de la moitié d’entre eux (49 %) déclare s’être déjà rendu aux urgences pour autre chose qu’une urgence médicale, y compris faute d’alternative libérale. Cet état dégradé de l’offre de soins accroît par ailleurs les tensions sur le système de santé.
De fait, les patients se tournent naturellement vers les hôpitaux publics, lorsqu’ils ne trouvent pas de solution là où ils se rendent d’habitude. Or le déficit des hôpitaux publics reste « très préoccupant », selon la FHF. À la fin 2025, il atteignait 2,5 milliards d’euros, et même 2,7 milliards en incluant les Ehpad (2,9 milliards au total en 2024).
Il y a urgence à améliorer l’accès aux soins en France
Face à ce constat, « les Français attendent légitimement un sursaut politique : il y a urgence à agir pour la santé ! », a commenté Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF. Alors que les municipales ont lieu en ce moment, la FHF invite les élus à soutenir une meilleure articulation des soins entre la ville et l’hôpital. Comme cela se fait à Marseille autour de centres de santé gérés par l’Assistance publique – Hôpitaux de Marseille. Cette initiative a permis aux habitants des quartiers nord d’accéder à nouveau aux soins.
La FHF veut un débat plus large sur l’accès aux soins dans le cadre de la présidentielle de 2027
La fédération appelle aussi à l’adoption d’une grande loi de programmation en santé, à l’instar de celle pour la défense et la justice. En outre, elle souhaite un débat public plus large pour améliorer l’accès aux soins, à un an de la présidentielle. Adélaïde Zulfikarpasic, une représentante d’Ipsos, espère pour sa part que la campagne de 2027 ne sera pas comme celle de 2022, où les questions de santé ont été éclipsées par des querelles identitaires, incarnées par le candidat d’extrême droite Eric Zemmour.
